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Catharsis
(A) Théâtre.
(a) Catharsis est un terme utilisé par Aristote pour décrire l'effet purificateur, sur l'auditoire, d'une représentation théâtrale de la tragédie grecque. La catharsis est l'effet de la mimesis théâtrale, qui n'est pas une simple copie de la réalité.
- <<il faut entendre un équivalent de la purgation au sens médical et de la purification au sens religieux. (Paul Ricoeur)>>.
(b) En vivant, par procuration, les émotions et les crimes des personnages de la pièce, les spectateurs se libèrent de leurs propres pulsions ou angoisses. Avant la télévision et le drame en direct, la tragédie est la première systématisation du spectacle social.
- <<I speak in a poem of the ancient food of heroes : humiliation, unhappiness, discord. Those things are given to us to transform, so that we may make from the miserable circumstances of our lives things that are eternal, or aspire to be so. (Jose Luis Borges)>>.
(B) Psychanalyse.
(a) Dans les Etudes sur l'hystérie, les médecins viennois Sigmund Freud et Joseph Breuer exposent un effet cathartique obtenu par les réminiscences d'un traumatisme ancien. Ce retour à la conscience est obtenu sous hypnose. Ce serait la méthode cathartique, attribuée par Freud à Breuer.
(b) Dans la "Communication préliminaire" de 1893, Freud élabore une théorie de l'abréaction (catharsis) par le retour du refoulé. Il semble que ce soit la véritable invention de la "méthode cathartique" (de Breuer), par Freud. Elle s'appuie sur les expériences de Charcot à Paris, vues par Freud en 1885-1886 et sur celles de Bernheim à Nancy, connues par Freud en 1889. La méthode est rétrospectivement projetée sur le cas réel de Bertha Pappenheim qui n'est pas encore devenu le cas imaginaire de Anna O.
(c) Psychanalyse historique. En remplaçant la suggestion hypnotique par l'association d'idées, Sigmund Freud a fait évoluer la méthode, pour définir le but ultime de la cure psychanalytique.
(d) Méthode. L'organisation de la cure doit permettre le frayage de l'énergie sexuelle (libido) ou la percolation des émotions par l'anamnèse, l'association d'idées, le retour du refoulé, le transfert des émotions anciennes relatives aux parents sur l'analyste, le contre-transfert des sentiments de l'analyste sur l'analysant. Cette méthode s'appuie sur l'hypothèse énergétique du point de vue économique.
(C) Ethnologie.
(a) Dans un corroboree australien, les hommes, les femmes et les enfants participent au drame, simultanément comme acteurs et comme spectateurs.
(b) Le drame a une fonction identique à celle d'un sacrifice.
(c) Citation :
- <<Les réactions dont l'homme est susceptible dans la vie sont de deux natures : réaction d'exaltation, réaction de rire et de détente. Ce qui est commun à tous les effets de l'art, c'est la détente, et en particulier la détente due à une série d'attentes qui vous ont transporté ailleurs, sur une scène qui n'est pas la vôtre, où, alors même que vous participez à l'action, vous savez que c'est d'une façon différente de celle que vous auriez participé à la même action, dans la vie quotidienne. On distinguera donc dans le drame tout ce qui provoque l'exaltation et tout ce qui est ridiculisation. Le spectateur-acteur atteindra une bonne catharsis à condition qu'il se soit évadé du monde des hommes, qu'il ait vécu un moment dans la compagnie des héros et des dieux. Le drame comporte ainsi un procédé de sacralisation du laïque, d'héroïsation du banal ; il comporte également un processus de ridiculisation des grandes choses. Importance de l'obscénité. (Manuel d'ethnographie, Marcel Mauss, page 117)>>.
(D) Théorie mimétique.
(a) Selon René Girard, toute forme de catharsis reproduit l'effet d'unanimité de la mise à mort du bouc émissaire, au sommet d'une crise mimétique.
- << Les érudits modernes ont déployé de grands efforts pour démontrer que la catharsis théâtrale n'a rien à voir avec la catharsis religieuse. Leur obstination même à nier une évidence éclatante suggère qu'ils en savent plus long qu'ils ne veulent le reconnaître, ou tout au moins qu'ils subodorent la nature réelle du sacrifice. La tragédie, chant dionysiaque du bouc, ne saurait être aussi étrangère qu'on nous le dit à l'aspect le plus énigmatique et sinistre de toute religion humaine, à savoir le rassemblement de tous contre une victime isolée, pratique qui transparaît encore dans toute la Grèce classique sous la forme célèbre du pharmakos. Pour comprendre que les deux catharsis n'en font qu'une, il suffit de constater que le même mot renvoie dans les deux cas à la même reproduction du meurtre fondateur — à cette différence près que la pure représentation théâtrale remplace l'action encore violente des rites sacrificiels. La catharsis rétablit l'harmonie entre les citoyens en purgeant, comme le dit Brutus ou purifiant la communauté humaine des rivalités mimétiques qui tendent toujours à resurgir, autrement dit en redonnant force et vie aux effets du meurtre fondateur. La définition aristotélicienne ne dit pas autre chose, mais en supprimant toute allusion au meurtre fondateur. Si l'on veut comprendre la catharsis, il ne faut pas s'imaginer que la purgation consiste à éliminer «la pitié et la peur» que le destin du héros inspire aux spectateurs. Ces deux sentiments jouent un rôle instrumental. L'efficacité cathartique repose sur eux. Avant même la mort du héros, les représentants du peuple, le chœur, expriment leur pitié à l'égard de celui-ci et leur crainte de le voir bientôt frappé par le destin ; ils comparent leur propre existence, obscure mais tranquille, aux souffrances que les hommes puissants et célèbres subissent inévitablement. Dans la mesure où les citoyens s'apitoient sur le héros, ils n'envient pas sa grandeur. Dans la mesure où ses souffrances leur font peur, ils ne sont pas tentés d'en faire un modèle et ils se gardent prudemment des conduites susceptibles de déclencher une nouvelle crise mimétique ; ils évitent les comportements hubristiques. Si mutilée qu'elle soit, la définition aristotélicienne de la catharsis est valable non seulement pour le théâtre et les rites sacrificiels, mais aussi, au niveau le plus radical et originel, pour le meurtre fondateur lui-même. (René Girard, "Shakespeare, les feux de l'envie", page 275)>>.
(b) Le mythe évoque, mais faussement, cette résolution de la crise mimétique.
- <<Qu'est-ce qu'un mythe sinon la fausse explication d'une chose tout à fait réelle, explication rétrospectivement suggérée aux tueurs par les conséquences scandaleusement bénéfiques de leur tuerie ? (René Girard, "Shakespeare, les feux de l'envie", page 291)>>.
(c) Voir Oedipe. Affect. Représentation. Méditation. Orgasme. Plaisir libératoire. Etayage. Degree. Crise du Degree. Choc cathartique.
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