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Collège de Tournon
(a) Le collège de Tournon, sur le Rhône, est fondé en 1536, par le cardinal François de Tournon. Comme Claude d'Urfé, ce dernier était un ami du roi François I er. Face aux avances du Protestantisme, il voulait construire un <<séminaire de la vraie et docte institution au vrai Christianisme>>.
- <<Puis que du Roy la bonté merveilleuse
En France veult ne m'estre perilleuse
Puis que je suis de retourner mandé,
Puis qu'il luy plaist, puis qu'il a commandé,
Et que ce bien procedde de sa grace,
Ne t'esbahys si j'ay suivy la trace,
Noble Seigneur, pour en France tyrer,
Où long temps a je ne fais qu'aspirer.
Le marinier qui prent terre et s'arreste
Pour la fureur de l'orage et tempeste
Desancre alors que les cieulx sont amys.
Le chevaucheur qui à couvert s'est mis,
Laissant passer ou la gresle, ou la pluye,
Des que de loing voit qu'Aquilon essuye
Le ciel moillé, il entre en grant plaisir,
Desloge et tire au lieu de son désir.
Certes ainsy, Monseigneur redoubté,
Si tost que j'euz mon retour escouté,
Et que je vy la grant nue essuyer
Qui en venant me povoit ennuyer,
Mon premier poinct ce fut de louer Dieu,
Et le second de desloger du lieu,
Là où j'estoys, pour au pays venir
Dont je n'ay sceu perdre le souvenir.
Nature a pris sur nous ceste puissance
De nous tirer au lieu de la naissance.
Mesmes long temps les bestes ne sejournent
Hors de leurs creux, sans qu'elles y retournent.
Brief, du desir qu'à la patrie avoye,
Je n'ay trouvé rien de dur en la voye,
Ains m'ont semblé ces grans roches haultaines
Preaux herbuz, et les torrents fontaines ;
Bise, verglas, neiges et la froidure
Ne m'ont semblé que printemps et verdure ;
Si qu'à Dieu rends graces ung milion,
Dont j'ay attainct le gracieux Lion,
Où j'esperoys à l'arriver transmettre
Au Roy Francoys humble salut en mettre ;
Conclud estoit. Mais puis qu'il en est hors,
A qui le puis je et doy adresser, fors
A Toy, qui tiens, par prudence loyalle,
Icy le lieu de la haulteur royalle ?
S'il est ainsy que la puissance qu'as,
Toute s'estande en grans et petis cas,
La raison veult donques que maintenant
De ce salut tu soys son lieutenant.
Et puis je suis à cela conformé,
Pource qu'amy tu es et bien aymé
De l'assemblée aux Muses tressacrées,
Et qu'à Phebus en escrivant agrées.
Humblement donq, sur ce je te salue
Hoir de Turnus, plain de haulte value.
Dieu gard aussy d'infecte adversité
L'air amoureux de la noble cité ;
Dieu soubz son Roy la maintienne eternelle,
Dieu gard tous ceulx qui habitent en elle.
Dieu gard la Saulne au port bien fructueux,
Et son mary, le Rosne impetueux,
Qui puis ung peu se demonstra si fier,
Que l'ennemy ne s'i osa fier ;
Et dont naguere, en dilligence prompte,
S'est retyré Cesar avecques honte.
Si vous supplie, o Fleuves Immortelz,
Et toy, Prelat, dont il est peu de telz,
Et toy, cité fameuse et de hault pris,
De ne vouloir contemner par mespris,
Ains recevoir tous amyablement
L'humble dieu gard de vostre humble Clement.
(Clément Marot, "Les Epîtres", 1526, épître 47. A Monseigneur le Cardinal de Tournon estant à Lyon)>>.
(b) Le collège fut rapidement célèbre. Les enfants de familles y venaient de toute la France, de Savoie, d'Allemagne, d'Angleterre et d'Ecosse, mais plus particulièrement du Dauphiné et de la Provence. Du fait de la présence de Provençaux, dont des Marseillais, et surtout en référence au passé grec de la ville phocéenne, dans L'Astrée, Honoré d'Urfé désigne le collège de Tournon comme "l'école des Massiliens". Il semble que les études y furent gratuites. L'enseignement était dispensé en latin.
- <<On voit à Tournon une école vaste et superbe, où les études sont florissantes. L'aîné des Tournon, après l'avoir fondée à ses frais et consacrée aux Muses, l'a enrichie de revenus immenses, sur lesquels on paye le traitement des professeurs étrangers, et on pourvoit à l'entretien des enfants et des jeunes gens pauvres. C'est là que, du Dauphiné et du fond de la Provence, la jeunesse vient se former aux arts sacrés de Pallas. (Chancelier de l'Hôpital)>>.
(c) Une Université commence à se constituer vers 1548 et elle est reconnue en 1552. Ni la théologie, ni la médecine ni la jurisprudence n'y étaient enseignées. Il y avait entre 60 et 80 régents ou enseignants.
(d) C'est en 1561 que les Jésuites (la Compagnie de Jésus fondée par saint Ignace de Loyola, reconnue par le concile de Trente) prennent la direction du collège de Tournon. Le baron des Adrets obtient leur expulsion de 1562 à 1563. De même en 1567 et 1568. La lutte contre les idées du Protestantisme était donc armée par l'expérience vécue. Il y avait pourtant des élèves protestants au collège. L'opinion de Monseigneur Camus, évêque de Belley, sur l'érudition d'Honoré d'Urfé donne une idée du niveau des études :
- <<Il était fort versé en la philosophie et en l'histoire ; il avait les mathématiques en un haut point, avec la connaissance des langues latine, grecque, italienne, espagnole et allemande. (Jean-Pierre Camus)>>.
(e) Comme ses frères Christophe d'Urfé et Antoine d'Urfé, le jeune Honoré d'Urfé fit ses études à Tournon. On ne sait s'il y fut dès 1574 (à 7 ans, date requise pour un cursus complet et normal). Toujours est-il qu'il y fut le 24 avril 1583, à 16 ans, puisqu'il est l'auteur de "La Triomphante Entrée de noble et très illustre dame Madame Magdeleine de la Rochefoucauld", qui venait épouser Just Louis de Tournon, ambassadeur, neveu du cardinal fondateur. Ce document est probablement son chef-d'œuvre de fin d'études. Sur un total de 1500 étudiants, dont la moitié appartenait à la noblesse, Honoré nous donne la répartition géographique des 102 étudiants nommés : <<5 Vivarois, 6 Foréziens, 5 Contadins, 10 Dauphinois, 4 écoliers du Velay, 1 du Gévaudan, 10 Lyonnais, 3 Languedociens, 5 Auvergnats, 9 Savoyards, 3 Italiens, 37 écoliers de diverses autres régions et 4 Provençaux. (Maxime Gaume)>>.
(f) C'est probablement entre les années de collège et celles des combats de la Ligue des Catholiques qu'Honoré d'Urfé rédigea ses "Bergeries", la première version de L'Astrée. Dans son roman, le personnage de Silvandre, qui fut aux "escoles des Massiliens", est souvent l'écho de l'enseignement reçu des Jésuites de Tournon. Pour Honoré d'Urfé, le collège de Tournon fut, à la Renaissance du XVI ème siècle, ce que l'université de Massilia avait été à la Gaule pré-romaine.
- <<L'on a eu tant de soin de moi, que pour me rendre honnête homme j'ai été nourri en tous les plus beaux exercices où la jeunesse puisse être employée, si bien qu'il n'a tenu qu'à mon peu d'entendement si je n'ai beaucoup appris. (Silvandre, dans L'Astrée)>>.
(g) Comme Silvandre, le méditerranéen Hylas est allé chez les Massiliens et, visiblement, comme Honoré d'Urfé, il a lu, traduit et déclamé la première "Catilinaire" du grand Cicéron contre le complot de Lucius Sergius Catilina :
- <<Jusques à quand enfin, Silvandre, abuseras-tu de la patience de ceux qui t'écoutent ? Jusques à quand nous rempliras-tu les oreilles de tes vanités et de tes imaginations ? Et jusques à quand espères-tu que je puisse souffrir l'impertinence de tes paroles ? (Hylas, dans l'Astrée)>>.
(h) A défaut d'avoir été au collège de Tournon, les Jésuites qui fondèrent les premières réductions du Paraguay sont des contemporains d'Honoré d'Urfé. La comparaison des colonies d'Amérique avec le Forez d'Astrée illustre une domination diversifiée par le commerce de longue distance.
(i) Voir Inconstance d'Hylas. Vertu de Silvandre. Ducrozet. Jean Ducrozet. Lettre à Etienne Pasquier. Isserpens. Figures de rhétorique.
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