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Connétable
(a) Au Moyen-Age, le connétable commande l'armée française pour le compte du roi de France. Plus tard, le connétable est le doyen des maréchaux de France, quand il y en a plusieurs.
(b) Le terme <connétable> signifie "comte de l'écurie" (comes stabuli ). C'est un officier domestique, du Palais des Mérovingiens, de la Cour royale (la curia regis) des Carolingiens, de l'Hôtel du roi des Capétiens. Comme son nom l'indique, il est responsable de l'écurie, des chevaux domestiques et du service des cavaliers qui entourent le roi. Puis il s'occupera des chevaliers, ceux qui feront la réputation des Francs dans l'Europe ou l'Orient. Pendant les Croisades, les Arabes parleront des Franjes (les Francs du roi) autant que des Roums (les Romains du pape). Le maréchal, quant à lui, aide du connétable, s'occupait de la ferraille, la quincaillerie, le hardware. Y a pas d'avenir là-dedans !
(c) Jadis sous les ordres d'un sénéchal (dopifer, maître d'hôtel ou maire du palais), généralement plus vieux, le connétable devient rapidement plus prestigieux que lui. Mathieu de Montmorency est le connétable de Louis VI le Gros. Après la mort du roi, survenue en 1137, il épouse sa veuve, Adélaïde de Savoie.
(d) La fonction de sénéchal disparaît en 1191, sous Philippe Auguste. Dans certaines régions, le nom est synonyme de bailli.
(e) La fonction de connétable n'est pas une tenure. Mais cette fonction de ministérial a été tenue et valorisée par quelques hommes restés dans l'Histoire.
- Gaucher de Châtillon est connétable sous Philippe IV le Bel (1268-1314, roi de France de 1285 à 1314).
- Bertrand du Guesclin (vers 1320-1380) s'illustre sous Charles V le Sage (1337-1380) roi de France (1364-1380).
- C'est Olivier de Clisson qui occupe la fonction sous Charles VI le Fol (1368-1422) roi de France (1380-1422).
(f) Titre prestigieux, connétable n'implique aucune autorité hiérarchique. Dans le système de la féodalité, le vassal doit le service d'ost à son suzerain. Son hommage est totalement personnel. Les vassaux du roi de France peuvent avoir de l'admiration et de l'estime pour le connétable. Ils n'ont de devoirs qu'à l'égard de la personne du roi. C'est donc l'estime des chevaliers qui fait du connétable un conseiller très écouté par le roi. Il est ainsi le stratège des charges de la cavalerie lourde des Francs. Etre un connétable efficace suppose d'avoir le respect du dauphin et des parents apanagés du roi. Car ces derniers font valoir leurs droits au commandement et veulent faire entendre leur voix au chapitre. La hiérarchie auto-reproductible est un principe quasi-sacré.
(g) Le prestige du connétable et l'accord du dauphin se retournent parfois contre le roi. Il n'y a pas qu'en Angleterre et dans "Farinelli, il Castrato", que le fils du roi mène la fronde ou le théâtre de la noblesse contre son père.
(h) La relation de père à fils est fondamentale dans les sociétés de tradition. Elle est souvent problématique. Ainsi, de nombreux connétables ont joué un jeu dangereux.
- Au XV ème siècle, on trouve Bernard VII d'Armagnac (ennemi de Jean sans Peur, duc de Bourgogne) qui s'impose au roi Charles VI et s'oppose aux anglais (1415-1418) avec ses bandes de soudards.
- On trouve aussi Arthur III, duc de Bretagne, connétable de Richemont, mort le 26 décembre 1458.
(i) Certains payeront de leur vie leur révolte.
- Exécution sommaire de Raoul V de Brienne, commandée par Jean le Bon en 1350.
- Louis de Saint-Pol est mort en 1475 en place de Grève sur ordre de Louis XI. Il avait participé à la Ligue du Bien Public avec Charles le Téméraire.
- Raoul V de Brienne et Louis de Saint-Pol furent condamnés pour trahison et décapités.
(j) Au XVI ème siècle, Anne de Montmorency, connétable de France, parrain de Anne d'Urfé, joua un rôle considérable.
(k) Vu le rôle joué par Charles de Luynes auprès de Louis XIII, le cardinal de Richelieu ne désigna pas de successeur à François de Lesdiguières, mort en 1626.
(l) Ainsi disparaît votre chance d'être connu comme connétable ou d'être commis "comes stabili".
(m) Mais quand, en 1672, le roi Louis XIV part en campagne et veut mettre toute l'armée sous l'autorité de Turenne, cela ne va pas sans problèmes, comme le montrent les lettres de la marquise de Sévigné à sa fille, Madame de Grignan.
- << Mais quelle guerre ! la plus cruelle, la plus périlleuse. Depuis le passage de Charles VIII en Italie, il n'y en a point eu une pareille. On l'a dit au Roi. L'Yssel est défendu, et bordé de douze cents pièces de canon, de soixante mille hommes de pied, de trois grosses villes, d'une large rivière qui est encore au devant. Le comte de Guiche, qui sait le pays, nous montra l'autre jour une carte chez Mme de Verneuil ; c'est une chose étonnante. Monsieur le Prince est fort occupé de cette grande affaire. Il lui vint l'autre jour une manière de fou assez plaisant, qui lui dit qu'il savait fort bien faire de la monnaie. "Mon ami, lui dit Monsieur le Prince, je te remercie ; mais si tu savais une invention de nous faire passer le Rhin sans être assommés, tu me ferais un grand plaisir, car je n'en sais point." Il avait pour lieutenants généraux MM. les maréchaux d'Humières et de Bellefonds.
Voici un détail qu'on est bien aise de savoir. Les deux armées se doivent joindre ; alors le Roi commandera à Monsieur, Monsieur à Monsieur le Prince, Monsieur le Prince à M. de Turenne, M. de Turenne aux deux maréchaux, et même à l'armée du maréchal de Créquy. Le Roi en parla à M. de Bellefonds, et lui dit qu'il voulait qu'il obéît à M. de Turenne, sans conséquence. Le maréchal, sans demander du temps (voilà sa faute), repartit qu'il ne serait pas digne de l'honneur que Sa Majesté lui avait fait, s'il se déshonorait par une obéissance sans exemple. Le Roi le pressa fort bonnement de faire réflexion à ce qu'il lui répondait, qu'il souhaitait cette preuve de son amitié, qu'il y allait de sa disgrâce. Le maréchal répondit au Roi qu'il voyait bien à quoi il s'exposait, qu'il perdrait les bonnes grâces de Sa Majesté, et sa fortune ; mais qu'il y était résolu plutôt que de perdre son estime ; et enfin qu'il ne pouvait obéir à M. de Turenne, sans déshonorer la dignité où il l'avait élevé. Le Roi lui dit : "Monsieur le maréchal, il nous faut donc séparer." Le maréchal fit une profonde révérence, et partit. M. de Louvois, qui ne l'aime pas, lui eut bientôt expédié un ordre pour aller à Tours. Il a été rayé de dessus l'état de la maison du Roi. Il a cinquante mille écus de dettes au delà de son bien ; il est abîmé, mais il est content, et l'on ne doute pas qu'il n'aille à la Trappe. Il a offert son équipage, qui était fait aux dépens du Roi, à Sa Majesté, pour en faire ce qui lui plairait. On a pris cela comme s'il eût voulu braver le Roi ; jamais rien ne fut si innocent. Tous ses gens, ses parents, le petit Villars, et tout ce qui était attaché à lui est inconsolable. Mme de Villars l'est aussi ; ne manquez pas de lui écrire et au pauvre maréchal.
Cependant le maréchal d'Humières, soutenu par M. de Louvois, n'avait point paru, et attendait que le maréchal de Créquy eût répondu. Celui-ci est venu de son armée en poste répondre lui-même. Il arriva avant-hier. Il a eu une conversation d'une heure avec le Roi. Le maréchal de Gramont fut appelé, qui soutint le droit des maréchaux de France, et fit le Roi juge de ceux qui faisaient le plus de cas de ses dignités, ou ceux qui, pour en soutenir la grandeur, s'exposaient au malheur d'être mal avec lui, ou celui qui était honteux d'en porter le titre, qui l'avait effacé de tous les endroits où il était, qui tenait le nom de maréchal pour une injure, et qui voulait commander en qualité de prince. Enfin la conclusion fut que le maréchal de Créquy est allé à la campagne, dans sa maison, planter des choux, aussi bien que le maréchal d'Humières. Voilà de quoi l'on parle uniquement. L'un dit qu'ils ont bien fait, d'autres qu'ils ont mal fait. La Comtesse s'égosille, le comte de Guiche prend son fausset ; il les faut séparer; c'est une comédie. Ce qui est vrai, c'est que voilà trois hommes d'une grande importance pour la guerre, et qu'on aura bien de la peine à remplacer. Monsieur le Prince les regrette fort pour l'intérêt du Roi. M. de Schomberg ne veut pas obéir aussi à M. de Turenne, ayant commandé des armées en chef. Enfin la France, qui est pleine de grands capitaines, n'en trouvera pas assez par ce malheureux contretemps. (Lettre de la marquise de Sévigné à Madame de Grignan, de Paris, le mercredi 27 avril 1672)>>.
(n) Voir Salarium. Trahison du connétable
de Bourbon. Charles III de Bourbon. Ministérial. Palais.
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