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Ecrit
(a) Comme la conscience, la pensée est superficielle et volatile. Le cerveau offre peu de place pour la garder. La mémoire à court terme est très limitée. Nous ne pouvons mémoriser que sept items familiers indépendants (en vrac). Du fait de l'interdépendance syntaxique et des liens entre les termes, cela équivaut à la difficulté de mémorisation d'une courte phrase grammaticale voire d'une phrase mélodique. Une phrase est nécessaire et parfois suffisante pour établir une distinction ou pour poser un nouveau mot et sa nouvelle définition. Une courte définition sature déjà la mémoire instantanée. Mais, pourvu de sa définition, le nouveau mot devient un nouvel item. Dorénavant, il est combinable à six autres items dans une mémoire à court terme. L'élasticité du discours est en relation avec les contraintes de mémorisation et de compréhension.
(b) Ce que nous nommons <la pensée> (processus) génère une succession de pensées (produits) fugaces. Le processus est une interaction, au sein d'un réseau de neurones, entre des grains de connaissances qui sont une partie de la mémoire à long terme. De ce processus émerge une partie, la pensée comme produit. Sa durée de vie est limitée. Dans la mémoire à court terme, chaque pensée efface la précédente. Les mots échangés forment une mémoire collective. Mais les limitations de chaque cerveau individuel restent inchangées. Dans le groupe sans écriture, les mots et les idées doivent circuler pour ne pas se perdre. La transmission des mots de l'ethnie est un devoir sacré.
(c) L'écrit permet à la pensée (processus) de laisser une trace, de se souvenir d'elle-même (de son produit) ou plutôt de renaître, de se former à nouveau, de rebondir à partir de la trace d'un de ses produits anciens. Tel est l'intérêt d'écrire et de relire. C'est la condition de la poursuite et de l'approfondissement de la réflexion.
(d) De même, l'écrit permet à d'autres penseurs de se saisir d'un nouveau mot ou d'une nouvelle distinction. C'est la condition de l'élargissement de la réflexion.
(e) Un texte utilise les distinctions que d'autres textes ont établi entre des mots. Il utilise ces distinctions pour décrire une partie de la nature interne ou une partie de la nature externe.
(f) Nolens volens, le nouveau texte instaure parfois de nouvelles distinctions. Cette dérive du sens est parfois consciente, souvent inconsciente. D'où des contradictions voire des paradoxes apparents.
(g) Dans le même mouvement, le travail d'élaboration du texte actualise des représentations ou des grains de connaissance dans le réseau de neurones de son auteur. Il les met en connexion mutuelle, il intensifie ces connexions par des va-et-vient répétés entre les thèmes.
(h) Le travail d'élaboration du texte est une mise en communication interne, une intensification des flux. Cette élévation du niveau d'échange aboutit à une nouvelle configuration des connexions, à un nouveau frayage, à une nouvelle formulation : le nouveau texte.
(i) Le réseau de neurones ne peut rester perpétuellement dans cet état. Nous nous servons de notre cerveau pour de multiples activités. Le processus de pensée est sujet à de multiples interruptions. Son produit ne peut dépasser le contenu limité de la mémoire à court terme.
(j) Grâce à l'écriture, le texte qui résulte de la réflexion permettra, peut-être, de reproduire cette configuration chez son auteur ou de produire de nouvelles configurations chez ses lecteurs.
(k) La lecture, par les répétitions qu'elle autorise, permet aux idées de se clarifier progressivement. La compréhension n'est pas toujours instantanée. L'oral et l'écrit n'ont pas les mêmes possibolités. Un livre tient lieu de précepteur. Tout le monde n'est pas Télémaque et n'a pas un Mentor à son service :
- <<Télémaque disait à Mentor : - Je crois maintenant concevoir les maximes de gouvernement que vous m'avez expliquées. D'abord elles me paraissaient comme un songe ; mais peu à peu elles se démêlent dans mon esprit et s'y présentent clairement, comme tous les objets paraissent sombres et en confusion, le matin, aux premières lueurs de l'aurore ; mais ensuite ils semblent sortir comme d'un chaos, quand la lumière, qui croît insensiblement, leur rend, pour ainsi dire, leurs figures et leurs couleurs naturelles. (Fénelon, "Télémaque", Dix-huitième livre)>>.
(l) L'écrit est une réalisation de la pensée. Il contribue à développer une objectivité.
(m) Voir Ecriture linéaire. Ecriture hypertextuelle. Ecriture en réseau.
(n) Lire "Souris Hommes".
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"Un Portrait d'Honoré d'Urfé".
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- Liste des définitions du cédérom en Novembre 2004.
- Glossaire Alphabétique du Réseau d'Activités à Distance.
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