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Épîtres Morales
(a) La première édition des Epîtres Morales d'Honoré d'Urfé est due à Antoine Favre. Les Épîtres Morales du premier livre sont des lettres imaginaires adressées à un alter ego nommé Agathon. Ces méditations ou ces ruminations expriment les vifs sentiments d'Honoré d'Urfé, après la mort d'Antoine d'Urfé, lors de sa seconde captivité, au château de Montbrison.
- <<Regardons quelle a été cette vingt-septième année de mon âge. Le plus cher de mes frères, par sa mort, me marqua de noir le premier d'octobre. Incontinent, le mois de février d'après me voit vendre à Feurs sous l'entreprise d'autrui. Les moindres blessures ont été deux prisons, l'une n'attendant entièrement l'issue de l'autre ; et encore que toutes deux par trahison, l'une par mes ennemis, et l'autre par ceux que je tenais pour mes amis... Juge par là d'où est venue la chasse que mon ennemi m'a faite. Je n'ai pas toutefois été pris à force, mais surpris à l'espère ; autrement j'aurais honte de ma prise, au lieu que je n'ai regret que de sa perfidie. Il reste à satisfaire le désir que tu auras de savoir qui est celui dont je plains la perfidie. Saches que c'est une personne qui a pensé
"Pour se mettre en honneur, de se prendre à Ronsard"
et qui se voyant inconnu, a cru que brûler le temple de Diane le ferait renommer. Que cela te suffise, attendant que mon épée t'en rende plus claire connaissance. Car c'est elle, et non pas cette plume, qui m'a été donnée en partage pour marquer mes ennemis. ( Épîtres Morales, Honoré d'Urfé)>>.
(b) La rédaction est ambiguë. Honoré d'Urfé n'était plus prisonnier à Feurs (16 février 1595) quand il se retrouve embastillé à Montbrison (peu avant le 24 septembre 1595). Mais il n'avait pas fini de payer sa première rançon quand il doit affronter les tracas d'une seconde. Le "temple de Diane" fait-il allusion à l'origine romaine de la ville de Vienne, aux bords du Rhône ? On sait que Vienne, tenue par le duc de Nemours, fut livrée au connétable Anne de Montmorency, par la défection du chevalier de Dizimieu, le 24 avril 1595. Des indices convergents laissent penser qu'il y eût un duel entre Honoré d'Urfé (chevalier de l'Ordre de Malte) et le chevalier de Dizimieu ("qui fut au duc de Nemours"). Au sortir de son emprisonnement de Feurs, Honoré d'Urfé a juste le temps de rencontrer le duc de Nemours, à Annecy, avant qu'il ne meure le 15 août 1595.
- <<Au sortir de ma première prison, j'allais en Savoie vers ce grand prince que nous avons suivi, qui peu auparavant y était venu de Vienne. Il avait déjà souffert un très grand assaut de son mal, et fut à tel terme que plusieurs l'avaient tenu pour mort. Il semblait que le ciel nous le voulu conserver encore, lui redonnant assez de force pour monter à cheval et pour rejoindre ses troupes. Mais il fut en fin contraint de se retirer à Annecy, où il faisait dessein de se guérir en repos. Mais hélas ! celui qui dispose de nous, ne voulant nous le laisser plus longtemps l'appela, après une très longue et inaccoutumée maladie...
Et pour clore ce fâcheux ressouvenir, servons-nous à ce coup de Sénèque. La mort, dit-il, est la seule qui prononce l'arrêt définitif de ce que nous avons été ou non. Par elle donc juge quelle a été la religion, la vertu et la grandeur de courage de ce grand prince ; et préparons nous de donner tel lustre à nos actions passées par notre mort, que rien n'en demeure douteux. ("Épîtres Morales", Honoré d'Urfé)>>.
(c) Le temple de Diane peut aussi être une référence à la Diana de Jorge de Montemayor. La Dame à laquelle sont dédiés les épîtres du premier livre pourrait être Marguerite de Valois. En 1592, Antoine d'Urfé avait explicitement fait de même. Le chevalier d'Urfé lui avait fait connaître l'un de ses amants, Claude François. Il savait pouvoir compter sur elle dans les combats de la Ligue des Catholiques. Honoré d'Urfé, fidèle au duc de Nemours, se battait contre son frère, Anne d'Urfé, rallié à Henri IV. Marguerite de Valois ne se battait-elle pas contre son propre mari, le même Henri de Navarre ? Et Diane de Châteaumorand, en soutenant Honoré et en payant sa rançon, ne s'opposait-elle pas à son "royaliste" de mari ? Honoré semble donner à Diane la référence de Marguerite. Et puis, à Usson depuis 1584, des lettres de prison, la Reine Margot en avait envoyé plus d'une. Marguerite de Valois pouvait être la Muse des prisonniers politiques catholiques.
- <<Ces petits discours qui vont se présenter à vous ont eu de vous la franchise de la parole et la constance du courage, pour âme. (Honoré d'Urfé, dédicace des Epîtres Morales à une Dame)>>.
(d) Dans l'édition de 1608, la dédicace sera ouvertement adressée à Marguerite de Valois. A cette date, la reine aura quitté Usson (1605) pour Paris ; Honoré sera le mari de Diane et l'auteur à succès de L'Astrée (1607) ; le couple résidera d'ailleurs à Paris.
- <<Madame, leur principal sujet c'est de l'âme ; et parce que celle qui reluit en Votre Majesté fait paraître toutes les perfections des plus parfaites, je penserais avoir commis une grande faute, si je ne vous les présentais comme à celle qui en peut le mieux juger, sans tourner les yeux ailleurs que sur soi-même. (Honoré d'Urfé, dédicace du troisième livre des Epîtres Morales à Marguerite de Valois)>>.
(e) Le premier livre des Epîtres Morales est une douloureuse et courageuse réflexion sur le destin, la vertu et l'adversité.
- <<Quelle sorte de guerre la Fortune et la vertu ont ensemble ;
la vertu est la butte de la Fortune ;
de quelles choses on se doit pourvoir contre la Fortune et contre la crainte ;
qu'en tous nos accidents il faut se souvenir de l'inconstance de la Fortune ;
qu'il faut de longue main se résoudre aux adversités ;
que les pleurs sont inutiles aux adversités, etc. (Honoré d'Urfé, Epîtres Morales)>>.
(f) Honoré semble penser que, si la fortune sourit aux audacieux, elle s'acharne aussi sur les gens de valeur. Il renoue avec le stoïcisme Romain (Sénèque) de ses études latines au Collège de Tournon. Le sursaut d'orgueil est la fierté du courageux vaincu.
- <<Car deux vanités me naissent de cette considération : l'une que, puisque je me fais voir à elle, il faut que ce soit quelque chose de moi ; et l'autre que, puisqu'il faut qu'elle perde tant de coups l'un sur l'autre élancés pour me pouvoir abattre, que ma force ne soit pas petite. (Honoré d'Urfé, Epîtres Morales)>>.
(g) A Senoy, quand l'exil fait place à la captivité et que la fin de la Ligue est évidente, Honoré d'Urfé prend plus de recul sur lui-même et sur les évènement. Une lettre s'intitule : "Que l'amour naît de surabondance de vertu". La vertu est celle de l'amant autant que celle de l'objet d'amour. En effet, l'adversité, la trahison et l'exclusion peuvent faire perdre, momentanément ou définitivement l'aptitude à aimer. Or, avec l'aptitude à travailler ou agir, l'aptitude à aimer est une composante de l'aptitude à vivre. C'est probablement à Senoy que ce mettent en place la vision de l'inconstance de la Fortune par rapport à laquelle prennent sens : la constance de Sireine, la servitude de Céladon, la vertu de Silvandre et l'inconstance d'Hylas. Ces thèmes seront au cœur du Sireine et de L'Astrée.
(h) Voir Hymne de gentilhomme champêtre. Discours au prince de Piémont.
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