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Maréchal de Saint-Géran

 

(a) En 1613, Jean-François de la Guiche, seigneur de Lalière, maréchal de Saint-Géran, est gouverneur du Bourbonnais. Jusqu'en 1610, il était un proche d'Henri IV. Le roi lui accordait volontiers des lettres de rémission pour ses violences. Son frère, Godefroy de la Guiche, est seigneur de Chitain. En 1596, le Forez, le Lyonnais et le Beaujolais avaient été réunis et confiés, par Henri IV, à Philibert de la Guiche. C'est lui qui ordonne l'arrestation d'Honoré d'Urfé et de Gaspard de Genétines, après la conspiration du maréchal de Biron. En 1603, Jean-François il avait pris de force les prisons de Moulins pour libérer des gens de sa suite, emprisonnés pour l'attaque d'un officier de justice ! En 1617, chassé de Moulins, il rentre dans la ville à la tête d'une armée privée de 5 à 6 000 hommes ! 

 

(b) A la fin de l'été 1613, Jean-François et Godefroy de la Guiche, seigneurs de Lalière, font enterrer leur grand-mère, Jacqueline de Chaugy, dans une chapelle familiale de l'église de Saint-Martin d'Estreaux. Sans le moindre titre, et contre toutes les coutumes locales, Diane de Châteaumorand (alors mariée à Honoré d'Urfé) prétend être propriétaire de cette chapelle (construite par Brémond de Vitry). Jalouse de l'importance du monument funéraire, Diane fait détruire les colonnettes du tombeau, hautes de neuf à dix pouces. Elle le jugeait trop monumental et injurieux à sa propre gloire de dame du lieu.

 

(c) Diane considère les seigneurs de Lalière comme ses vassaux. Elle semble ne pas oublier qu'en 1397 Jean de Chaugy avait rendu hommage d'une part de sa censive de Chaugy au seigneur de Châteaumorand. En 1278, Archimbaud Miglet, ancêtre de Jean de Chaugy, avait rendu hommage de cette censive à Jean de Châtelus, seigneur de Châtelus et de Châteaumorand. Sous prétexte que le 6 mars 1446, par testament, Philippe de Vitry demande à être enterré dans le cimetière commun, Diane de Châteaumorand prétend que la chapelle n'est pas la sépulture familiale des seigneurs de Lalière !

 

(d) La messe de quarantaine de Jacqueline de Chaugy est prévue pour le 11 novembre 1613.

 

- <<Le jeudi 7 novembre, au coucher du soleil, on avait été bien surpris de voir poindre dans la direction du Bourbonnais, sur le grand chemin royal de Paris à Lyon, plusieurs centaines de gens de guerre armés d'arquebuses à rouet, de pistolets, de hallebardes et d'épées. Comme on le sut bientôt, ils étaient commandés par le comte de Saint-Géran, chef avoué de la troupe, par le sieur de Chitain, son frère, et par quelques-uns de leurs amis, Gondras, Vertpré, Bellenave, etc.

Mais le gros de la bande était un ramassis de boutiquiers et d'aubergistes, qu'on reconnaissait pour les avoir vus dans les foires et marchés d'alentours : petites gens qui, en toute autre occurrence, auraient salué bien bas Monseigneur et Mme d'Urfé, mais qui, sous leurs casaques, prenaient un air de morgue et de défi.

L'important était de surprendre Châteaumorand. Dans sa plainte, Diane dit, avec assez de vraisemblance, que les deux la Guiche avaient le dessein de soustraire et de détruire, dans les archives du château, les titres qui prouvaient son droit sur la justice de Lalière. Ils ne pouvaient du moins ignorer qu'Honoré d'Urfé était à la cour, et cette circonstance aurait dû les détourner de ce qu'on pouvait regarder comme une lâcheté contre une femme.

Cette lâcheté ne réussit pas.

Le soir du 7 novembre, une partie de la troupe arriva autour de Châteaumorand ; mais comme il était grand'nuit, elle trouva porte close. Il fallait doc user de ruse pour entrer dans la place. Sept ou huit cavaliers se détachèrent et parurent à la porte de la basse-cour, se donnant pour MM. de Givry, de Banassat et de Chenillac, parents de Diane, et même essayant de contrefaire leurs voix. Le concierge fut sur le point d'ouvrir. Cependant cette visite inopinée et tardive parut suspecte ; on monta sur le ravelin de la porte et on découvrit la fourbe. Tous ceux qui, dans le château, étaient en état de porter une arme coururent à leurs épées et à leurs arquebuses. Nos gaillards durent se contenter de quelques lourdes plaisanteries : "Voilà, disaient-ils en se gaussant, de bons paysans là-dedans, qui causent bien. Mme de la Motte-Creuse a-t-elle soupé ? Elle est au fruit ! Ah ! très bien ! Mais dites-lui donc que nous accommoderons si bien ses terres, qu'elle ne sera plus tantôt que Mme de Place-Vide" ; et autres propos de solduriers en goguette. Ils descendirent au jardin, abattirent la charpente d'un berceau, et en firent un grand feu. Pour tuer le temps et faute de mieux, ils tiraient des coups de pistolets aux fenêtres du château.

Faire le siège de Châteaumorand était une entreprise téméraire, et M. de Saint-Géran, pressé d'ailleurs, n'alla pas jusque-là. Il jugea suffisant d'en surveiller les avenues, et d'arrêter ceux qui se hasardaient à sortir.

Toute la bande se répandit par petites escouades dans les paroisses de Saint-Martin-d'Estreaux, de Sail, de Saint-Pierre-Laval et de Châtelus, où pendant quatre jours elle vécut de maraude. (Chanoine Reure)>>.

 

(e) Le 11 novembre, une fois dite la cérémonie de quarantaine dans l'église, la troupe et ses chefs repartirent. Depuis le 9 novembre, Guillaume de la Chaize d'Aix, prévôt de la maréchaussée du Forez, était venu de Montbrison pour tenter d'arbitrer le différend. Honoré d'Urfé était à la cour (à Paris ou à Fontainebleau). Il fut informé des incidents par une lettre de Marie de Médicis. Au lieu de se rendre à l'invitation de la régente, il se précipita au secours de sa femme. Pas moins de trois lettres de Marie de Médicis sont relatives à cette affaire. On a du en parler longtemps à la cour de France. C'est peu après cet incident qu'Honoré et Diane se séparèrent à l'amiable.

 

(f) Le 8 février 1645, Charles de Lévis, baron de Cornillon, épouse Marie de la Guiche de Saint-Géran, fille du maréchal de Saint-Géran. Charles de Lévis est veuf de Suzanne de Laurières, marquise de Thémines, épousée le 26 mars 1634 à Paris.

 

(g) Dans ses lettres à sa fille, la marquise de Sévigné évoque Madame de Saint-Géran.

 

- <<J'ai été à Saint-Maur avec Mme de Saint-Géran et d'Hacqueville. Vous fûtes célébrée ; Mme de La Fayette vous fait mille amitiés. (Madame de Sévigné, lettre à Madame de Grignan, de Paris, le mercredi 16 ème juin 1677)>>.

 

(h) Voir André de Vitry.

 

 

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