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Poèmes de L'Astrée
(a) Des poèmes sont insérés dans L'Astrée d'Honoré d'Urfé. Ils jouent un rôle dans le roman, comme les chants du chœur dans la tragédie grecque. Parmi les poèmes, les douze tables des lois d'amour, dans le temple d'Astrée. Ces poèmes ne sont pas, pour autant, d'une grande valeur. C'est toujours Hilas qui a le style le plus vif et le plus léger :
- <<Si l'on me dédaigne, je laisse
La cruelle avec son dédain,
Sans que j'attende au lendemain
De faire nouvelle maîtresse ;
C'est erreur de se consumer
A se faire par force aimer.
Le plus souvent ces tant discrètes,
Qui vont nos amours méprisant,
Ont au cœur un feu plus cuisant ;
Mais les flammes en sont secrètes
Que pour d'autres nous allumons
Cependant que nous les aimons.
Le trop fidèle opiniâtre,
Qui, déçu de sa loyauté,
Aime une cruelle beauté,
Ne semble-t-il point l'idolâtre
Qui de quelque idole impuissant
Jamais le secours ne ressent ?
On dit que qui ne se lasse
De longuement importuner,
Par force enfin se fait donner ;
Mais c'est avoir mauvaise grâce,
Quoiqu'on puisse avoir de quelqu'un,
Que d'être toujours importun.
Voyez-les, ces amants fidèles,
Ils sont toujours pleins de douleurs.
Les soupirs, les regrets, les pleurs
Sont leurs contenances plus belles,
Et semble que, pour être amant,
Il faille plaindre seulement.
Celui doit-il s'appeler homme,
Qui, l'honneur de l'homme étouffant,
Pleure tout ainsi qu'un enfant
Pour la perte de quelque pomme ?
Ne faut-il plutôt le nommer
Un fol qui croit de bien aimer ?
Moi, qui veux fuir ces sottises,
Qui ne donnent que de l'ennui,
Sage par le malheur d'autrui,
J'use toujours de mes franchises,
Et ne puis être mécontent
Que l'on m'en appelle inconstant.
(Chanson de l'inconstant Hylas)>>.
(b) Nicolas Boileau (Paris, 1 er novembre 1636 ; Paris, 13 mars 1711), grand critique en la matière, suppose que le roman a été composé pour servir d'écrin à ces méchants vers. Au passage, il admet que le roman s'inspire de la vie de l'auteur.
- <<Honoré d'Urfé, voulant faire valoir un grand nombre de vers qu'il avait composés, et rassembler en un corps plusieurs aventures qui lui étaient arrivées, s'avisa d'une invention très agréable. Il feignit que dans le Forez il y avait eu, du temps de nos premiers rois, une troupe de bergers et de bergères qui habitaient sur les bords de la rivière du Lignon, et qui, assez accommodés des biens de la fortune, ne laissaient pas cependant, par simple amusement et pour leur seul plaisir, de mener paître eux-mêmes leurs troupeaux. Tous ces bergers et toutes ces bergères étant d'un fort grand loisir, l'amour ne tarda guère à les y venir troubler, et produisit quantité d'événements considérables. D'Urfé y fit arriver toutes ces aventures, parmi lesquelles il en mêla beaucoup d'autres, et enchâssa des vers qui, tout méchants qu'ils étaient, ne laissèrent pas d'être soufferts et de passer à la faveur de l'art avec lequel ils étaient mis en oeuvre. Car il soutint tout cela d'une narration également vive et fleurie, de fictions ingénieuses et de caractères aussi finement imaginés qu'agréablement variés et bien suivis. Il composa ainsi un roman qui lui acquit beaucoup de réputation et qui fut fort estimé, même des gens du goût le plus exquis. ( Nicolas Boileau, "Oeuvres", 1713)>>.
(c) Voir Inconstance d'Hilas. Génération de L'Astrée.
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