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Sireine

 

(a) Publié en juillet 1599, le "Sireine" d'Honoré d'Urfé est rédigé à Senoy et à Chambéry jusqu'au 24 novembre 1596. En trois livres (le Départ, l'Absence, le Retour), le thème traité est déjà celui de "L'Astrée". La vertu cathartique de ce travail d'écriture est exprimée dès les premiers vers :

 

- <<Je chante un départ amoureux,

Un exil long et malheureux,

Et le retour plein de martyre.

Amour, qui seul en fut l'auteur,

Laisse pour quelque temps mon cœur,

Et viens sur ma langue les dire.

(Honoré d'Urfé, "Sireine", première stance)>>.

 

(b) L'amour contrarié est celui de Sireine pour Diane. Sincèrement amoureuse de Sireine, Diane est contrainte par sa famille d'épouser le riche Délio. Au royaume de Léon, sur les bords de l'Ezla, le Sireine fait ouvertement référence à la Diana de Jorge de Montemayor. Pour Honoré d'Urfé, l'idée du Sireine a commencé très tôt. Selon le premier éditeur de l'ouvrage, Honoré d'Urfé à construit <<cet essai de son esprit en son enfance, et à peine sorti de ses premières études>>. Comme pour le premier brouillon de "L'Astrée", Honoré d'Urfé a pu profiter des conseils du sage Jean Papon et des idées poétiques de Loys Papon.

 

(c) Dans le Mercure galant de juin 1683, un Forézien écrit que le Sireine a été composé par Honoré d'Urfé, à l'âge de 17 ans, pour une dame qu'il aimait. Le chevalier d'Urfé aurait affiché son emprunt à la Diana de Montemayor pour mieux masquer (estomper) le fait que la dame concernée était une Diane, celle de Châteaumorand. D'ailleurs, outre Son Altesse le duc de Savoie, le Sireine est dédicacé à "Ma Dame", en ces termes :

 

- <<Mon Sireine vous va trouver pour voir en vous, s'il est possible, que quelque chose soit plus parfaite que sa Diane. Et pour vous représenter que, puisque vous la surpassez et en beauté et en vertu, vous la devez aussi surmonter en amitié et en résolution. Et moi je l'accompagne de ce mot, pour vous dire que vous n'espériez en moi ni la patience, ni la constance de Sireine. (Honoré d'Urfé, dédicace du "Sireine")>>.

 

(d) La longue maturation du "Sireine" se déroule quand l'amour d'Honoré d'Urfé pour Diane de Châteaumorand est frappé du double interdit du mariage de Diane (annulé en 1599) et des vœux monastiques d'Honoré (annulés la même année). Dans le Sireine, l'analyse psychologique est encore rudimentaire, tandis que la force du destin est considérable. Par contre, malgré une ébauche dès avant 1593, la rédaction définitive de "L'Astrée" se déroulera totalement après le mariage (1600) de Diane et d'Honoré d'Urfé. Libéré d'un destin qui lui paraissait tragique, l'amant se trouve confronté à la réalité quotidienne de l'amour et du mariage. Honoré d'Urfé fera preuve d'une grande finesse d'analyse des sentiments. Le thème majeur de "L'Astrée" ne sera plus le destin, ni l'inconstance du destin, mais le changement et l'inconstance des sentiments.

 

(e) En 1606, Etienne Bournier, avocat au présidial de Moulins, a publié un "Jardin d'Apollon et de Clémence". Il en adresse la dédicace à Honoré d'Urfé, peu avant la parution officielle du premier volume de "L'Astrée". Dans sa versification, il associe nettement Diane de Châteaumorand, dont la mère est une Lévis, à la Diane du Sireine. Il fait de Diane la muse et la source d'inspiration d'Honoré d'Urfé  :

 

- <<Monseigneur, ces petits fleurons qui aux rais de votre esprit pullulaient de jour en jour en mon âme, arrosés de mes pleurs, malgré les flammes amoureuses, portés sur l'air des zéphyrs de vos douces faveurs, viennent, ce premier mois de l'année, fleurir à l'abri de vos honneurs et couronner vos louanges. L'affection que vous portez à leur auteur les licencie à s'éloigner de leur parterre naturel et à s'enjardiner entre vos mains, en espoir d'y vivre francs du mépris et de l'envie. C'est autant d'obligation qui leur accroît pour me rendre plus obligé envers vous (mon Urfé, mon Orphée), que j'étrenne d'une heureuse course d'année et d'un éternel serviteur. (Etienne Bournier, dédicace à Honoré d'Urfé)>>.

 

- <<Honorons Honoré d'Urfé,

Nymphes d'Allier, sur notre rive ;

J'honorerai, tant que je vive,

Honoré d'Urfé, mon Orphée !

...

Diane même il a ravi

Par les doux airs d'un beau Sireine,

Si bien qu'or (alors) est un Hippocrène

L'antique maison de Lévy.

(Etienne Bournier, dédicace à Honoré d'Urfé)>>.

 

(f) De 1615 à 1619, les onze éditions du Sireine satisferont ceux qui veulent lire et citer Honoré d'Urfé sans avoir la patience de lire les lourds volumes de L'Astrée.

 

(g) Voir Servitude de Céladon. Inconstance d'Hylas. Jean Desmarets de Saint-Sorlin.

 

 

 

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