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Sylvanire

 

(a) La Sylvanire est une oeuvre d'Honoré d'Urfé. <<La Sylvanire ou la Morte-vive. Fable bocagère de Messire Honoré d'Urfé, Marquis de Bâgé et de Valromey, Comte de Châteauneuf, Baron de Châteaumorand, et Chevalier de l'Ordre de Savoie, etc. Dédicace à la Reine, Mère du Roy, Marie de Médicis, Reine de France et de Navarre>> est la dernière des oeuvres d'Honoré d'Urfé. Il s'agit d'un drame en cinq actes, avec un prologue et des chœurs. Sa publication est posthume, en 1627. Mais le privilège de publication, donné par le roi à Robert Fouet, rue Saint-Jacques, est daté du 12 avril 1625, trois semaines avant la mort d'Honoré d'Urfé.

 

- <<Voici bien le Forez,

Ma plus chère contrée,

Où je fis naître Astrée

L'honneur de l'univers,

Et voici bien Lignon :

Je le connais à ces belles prairies

Qui suivent son rivage.

Voici les bois d'Isoure,

Et voici Montverdun,

Plus en ça Marcilly ;

L'un semblable à l'écueil

Dans le sein de la mer,

L'autre comme un rocher,

Le rempart du rivage.

(Prologue de la Sylvanire)>>.

 

(b) Les bergers Aglante et Tirinte sont amoureux de la belle et vertueuse Sylvanire que son père, Ménandre, a promise au riche Théante. Malgré les conseils d'Hylas, Sylvanire n'est pas prête pour les émois d'amour. Alciron donne à Tirinte un miroir fourni par le druide Climanthe. Offert à Sylvanire, ce miroir magique la plonge bientôt dans une mort apparente. Elle a juste le temps d'avouer son amour pour Aglante et son désir de s'unir à lui avant de mourir. Ses parents acceptent puis on enterre la morte-vive. Aglante la sauve du déshonneur, quand Alciron et Tirinte la sortent de son tombeau et de son sommeil. La bergère Fossinte demande à épouser Tirinte, que le conseil des druides vient de condamner à mort.

 

(c) La Sylvanire est aussi un thème de la IV ème partie de L'Astrée. Mais, dans "la Morte-vive", le thème est traité en vers sans rimes. Dans un long avis au lecteur, Honoré d'Urfé explique ses idées sur cette écriture, fort utilisée par les Italiens.

 

- <<Je voyais le Tasse, dont la "Jérusalem" est admirable, l'Arioste, dont le "Roland furieux" a tant été approuvé, le Guarini, de qui les vers lyriques sont si pleins d'esprit et d'amour : le premier avoir fait son "Torrismond" et son "Aminte" en vers non rimés, l'autre tant de tragédies et de comédies de même sorte, et le dernier son "Pastor fide". (Honoré d'Urfé, préface de La Sylvanire)>>.

 

(d) Selon la dédicace, l'œuvre répondrait à une demande de la reine Marie de Médicis : <<C'est par votre commandement qu'elle est ainsi vêtue, y ayant quelques années qu'il plût à votre Majesté de me le commander. (Dédicace)>>. Par la même occasion, Honoré d'Urfé y ajoute un Satyre et Adastre, deux personnages qui ne sont guère utiles à l'intrigue mais plus conformes au goût italien.

 

(e) Dans la Sylvanire, fable bocagère, mi-champêtre, mi-sylvestre, il est compréhensible qu'en accord avec les habitudes de l'époque, Forez s'écrive le plus souvent Forests.

 

(f) Parmi les sœurs d'Honoré d'Urfé qui furent dans les couvents, n'y a-t-il point le modèle de Sylvanire qui, amoureuse d'Aglante et promise à Théante, préfère devenir vestale. Fort de sa propre expérience de chevalier de l'Ordre de Malte malgré lui, le livre III de la partie IV de l'Astrée est l'occasion d'un débat sur les limites de l'autorité parentale. Silvandre expose son point de vue. La promesse faite par Sylvanire à Aglante compte plus que celle faite par Ménandre (son père) à Théante (le riche parti) :

 

- <<L'essence du mariage consistant principalement en la volonté des deux parties qui se marient, il n'y a pas de doute que la raison n'ordonne qu'elle soit plus obligée à tenir cette promesse, que celle que Ménandre dit avoir fait à Théante, où elle n'a jamais été appelée, tant s'en faut qu'elle y ait consenti. (L'Astrée)>>.

 

(g) En 1630, "La Silvanire ou la Morte vive" de Jean Mairet (1604-1686), tragi-comédie pastorale dédiée à Marie Félicie des Ursins, duchesse de Montmorency, reprend le titre de celle d'Honoré d'Urfé. N'ayant pas à satisfaire la goût italien de Marie de Médicis, Mairet supprime le fou, le satyre et l'écho. La préface y affirme la règle des trois unités (lieu, temps, action).

 

- On n'y <<trouve pas un seul effet qui vraisemblablement ne puisse arriver entre deux soleils. (Jean Mairet, préface de La Sylvanire)>>.

 

(h) Citation de "La Sylvanire" :

 

- <<Aglante Hylas

Aglante

le prix d'amour, c'est seulement amour,

et sois certain Hylas,

qu'on ne peut acheter

si belle marchandise

qu'avec ceste monnoye ;

il faut aymer si l'on veut estre aymé.

HYL. et qui peut accuser

Hylas de n'aymer point ?

Hylas de qui la vie

fut tousjours employée

au service d'amour :

j'ayme, mais j'ayme, Aglante,

non pas comme je voy

ces ignorants d'amour,

et ces jeunes novices,

qui pensent n'aymer pas,

si telle amour ne les porte au trespas,

si quelquefois ces belles qu'ils adorent

leur font la mine froide,

ils perdent tout repos :

si d'autrefois avec quelque desdain

elles tournent la teste,

ils sont desesperez ;

et si par ruse elles leur font semblant

d'en mieux aymer quelqu'autre,

ils ne veulent plus vivre ;

et bref, ainsi qu'il plaist

à ces petites folles,

ces constans amoureux

sont contraints de gesler,

de bruler, de transir,

de rire et de pleurer,

d'humeur et de visage

changeant à tous les coups

comme s'ils estoient fous :

si bien que l'on peut dire

à voir leurs changements,

ce sont des giroüettes

au faiste d'une tour

où les attache amour.

Ah ! Quant à moy, je les veux bien aymer

ces gentilles bergeres,

mais avecque raison,

et non pas insensé

de sotte passion,

m'emporter tellement,

que je sois un esclave,

et non pas un amant.

Cent et cent fois ne m'a t'on oüy dire

parmy ces bois, et parmy ces campagnes ;

si l'on me desdaigne, je laisse

la cruelle avec son desdain,

sans que j'attende au lendemain

de faire nouvelle maistresse.

C'est erreur de se consumer

à se faire par force aymer.

AGL. que je te plains, Hylas !

Et qu'avecque raison

de ton erreur l'opinion j'abhorre ;

puisque si les grands dieux

ne donnent aux mortels

rien, qui puisse approcher

aux bon-heurs dont amour

rend l'homme bien-heureux ;

n'est-ce avecque raison

que je croy miserable

cét Hylas inconstant,

qui ne sçachant aymer,

de nul aussi ne sçauroit estre aymé.

HYL. Aglante que dis tu ?

Qu'Hylas ne sçait aymer ?

AGL. qu'Hylas ne sçait aymer.

HYL. j'ay plus aymé tout seul

que n'ont pas fait, mais je dis tous ensemble,

vos bergers de Lignon,

Carlis, et Stiliane,

Aymée et Floriante,

Cloris, Circeine, et Florice et Dorinde,

Chryseide, Madonte,

Laonice, Phillis,

Alexis, et tant d'autres

que pour la briéveté

je ne veux pas nommer,

en rendront tesmoignage.

AGL. Hylas tu n'aymes point,

mais tu penses d'aymer ;

car c'est chose certaine

que personne ne peut

se l'acheter ceste amour que je dis,

qu'avec une autre amour :

ce n'est point au marché

que telle marchandise

se trouve avec argent :

le prix et la monnoye

de l'amour c'est amour,

et tu ne peux aymer,

au moins si tu ne cesses

de n'estre plus Hylas,

c'est à dire inconstant,

ainsi que je l'entends.

HYL. c'est l'entendre bien mal,

Aglante ce me semble,

et ton opinion

aux plus sages contraire,

pour fondement n'a qu'une vieille erreur,

dont les femmes plus fines

ont abusé les esprits des peu fins :

jusqu'au trespas, nous vont-elles disant,

il n'en faut aymer qu'une,

voire il ne faut donc point

que l'univers par la diversité

se change et s'embelisse.

Il ne faut que l'abeille

succe donc qu'une fleur,

que nostre oeil ne se plaise

qu'à voir un seul object,

que nostre esprit jamais

ne pense qu'une chose,

et que tous nos jardins

qu'une herbe ne produisent.

ô la grande folie,

pour ne dire sottise,

qui ne dira que l'homme ainsi contraint

est un vray Promethée,

par l'exprés jugement

d'un cruel radamante,

sur un mesme rocher

à jamais attaché ?

La nature se plaist

à la varieté ;

la nature et l'amour

sont une mesme chose.

AGL. l'inconstance et l'amour

sont deux fiers ennemis,

qui ne peuvent jamais

avoir tréve ny paix,

et t'asseure, berger,

que lors que tu pensois

d'aymer bien ces bergeres,

tu te moquois et d'elles et d'amour ;

car nul ne peut aymer

qu'il n'ayme infiniment :

mais l'amour infinie

ne peut jamais finir.

HYL. si nul ne peut acheter cét amour

dont tu fais tant de cas

qu'avecque la constance,

pour moy je m'en dispense,

et je veux bien qu'on raconte par tout,

parlant d'Hylas, qu'il n'ayme point du tout.

Mais à t'oüyr Aglante

l'on diroit que Tircis,

ou le berger Sylvandre,

t'ayent de leur erreur

enseigné la folie :

es tu point leur disciple ?

AGL. et Sylvandre et Tyrcis

sont remplis de raison ;

si parlant de l'amour

ils enseignent, Hylas,

qu'amour et la constance

doivent estre en l'amant

inseparablement.

Mais, ô berger ! J'ay bien eu ces leçons

d'un maistre plus sçavant

que Tircis ny Sylvandre.

HYL. malaisément croiray-je

qu'on puisse voir le long de ce rivage

deux bergers, mais plustost

deux resveurs plus semblables,

et si tu continues,

Aglante mon amy,

je te voy le troisiesme,

et peut estre des trois,

tant tu commences bien,

te mettra-t'on bien tost

par honneur le premier.

AGL. je reçois, ô berger !

Avec contantement

le lieu que tu me donnes,

si ce n'est qu'accepter

ce rang trop honorable

soit une outrecuidance :

mais toutes fois ce ne sont pas, croy moy,

ces bergers que tu dis,

qui m'ont rendu sçavant

en l'escole d'amour :

j'ay bien eu d'autres maistres,

et qui m'ont fait payer

avec un plus cher gage

un tel apprentissage.

Amour dedans le coeur

m'a ces leçons escrites,

mais non pas, ô berger !

Comme aux autres amants

d'une plume ordinaire ;

il a fait l'escriture

qu'au coeur il m'a gravée

du plus beau traict qui fust dedans sa trousse,

et de ceste escriture

j'ay les leçons apprises

que je vay t'enseignant.

HYL. que ce soit le plus beau

de tous les traicts d'amour,

qui dans ton coeur a mis

les leçons que tu dis :

adjouste au moins que c'est,

ainsi que tu le penses,

et lors pour te complaire

je le croiray, peut-estre :

car depuis que l'on ayme

l'on a ce privilege

de jurer sans parjure

contre la verité,

soustenant la beauté

de celle qu'on adore.

AGL. berger je ne croy pas,

pour grande que puisse estre

l'erreur qui te seduit,

quand tu sçauras celle qui m'a blessé,

que vaincu tu ne die,

toute beauté supreme

cede à celle qu'il ayme.

HYL. ce blaspheme est trop grand.

AGL. jamais la verité

blaspheme ne se rend.

HYL. souvent l'opinion

en prend bien le visage.

AGL. celuy qui s'y deçoit

ne doit pas estre sage.

HYL. pour soy-mesme chacun

est juge interessé.

AGL. le jugement de tous

doit estre confessé.

HYL. de tous, tu te deçois,

car le mien n'en est pas.

AGL. le tien mesme en seroit

si tu n'estois Hylas.

HYL. ô le plaisant discours,

si je n'estois Hylas,

le jugement d'Hylas

seroit contraire au jugement d'Hylas.

Quel voudrois-tu que je fusse, berger,

si je n'estois moy-mesme ?

AGL. constant : HYL. constant ?

Eh, ne le suis-je pas ?

Puisqu'en effect si j'ayme

je n'ayme rien que la seule beauté,

et par tout où je voy

ceste beauté suprême,

Aglante par ma foy

je le confesse, incontinant je l'ayme.

AGL. s'il estoit vray comme tu dis, Hylas,

tu n'aymerois pas Stelle,

mais celle que j'adore,

comme la beauté seule

qu'on peut dire beauté.

HYL. Aglante mon amy,

ta passion trop forte

te trompe de la sorte ;

une amour violante

c'est un verre qui rand

tout ce qu'on void par luy

beaucoup plus grand qu'il n'est pas en effet.

Ceste beauté dont amour t'a blessé

semble d'estre plus grande

à tes yeux abusez,

que toutes les beautez

que la nature a faites,

et moy de mon costé

je te jure au contraire

que rien n'est de plus beau

que les beaux yeux de Stelle.

Comme accorderons-nous

un si grand different ?

Un seul moyen ce me semble nous reste,

c'est que d'Aglante Hylas prenne le coeur,

et tout soudain ses yeux interessez

rapporteront avec mesme advantage,

au jugement d'Hylas,

la beauté que tu dis.

Et cestuy-cy n'est pas

du puissant dieu d'amour

l'un des moindres miracles,

nous faisant voir, ainsi comme il luy plaist,

differamment à tous un mesme object.

AGL. je le sçay bien, Hylas,

qu'amour comme il luy plaist

nous fait voir ce qu'il veut :

mais je sçay beaucoup mieux

qu'amour ny tous les dieux

ne sçauroient jamais faire

qu'une beauté parfaite,

tant qu'elle sera telle,

ne soit vrayment beauté,

et celle que j'adore

ayant attaint à la perfection,

doit quoy qu'on puisse dire

estre telle estimée

par tous les yeux dont elle sera veuë,

si toutesfois leur raison n'est perduë.

Mais que sert-il d'en aller disputant ?

Je suis certain qu'aussi-tost que son nom

frappera tes oreilles,

tu diras avec moy,

je luy donne le prix

de toutes les plus belles.

 HYL. j'attens d'oüyr ce nom

avec impatience,

pour te dire soudain

ce que d'elle je pense.

AGL. c'est, ô berger ! La belle, et plus que belle :

la belle. Mais voicy

et Menandre et Lerice,

retirons nous un peu,

et puis nous reviendrons :

je ne veux pas que ce vieillard me voye.

(Honoré d'Urfé, "La Sylvanire", Acte I, Scène I)>>.

 

(i) Voir Parties de L'Astrée. Trois lettres de Marie de Médicis. Ambassade d'Honoré d'Urfé. Malcontents. Mayenne. Grand lac forézien. Petit lac forézien. Etangs foréziens. Inconstance d'Hylas. Préciosité. Trois nymphes. Silvie.

 

 

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